En octobre, John Baird, président du Conseil du Trésor, a posé un geste déplacé et sans précédent en demandant une rencontre avec les représentants de Siemens Canada pour les interroger au sujet du contrat de l’entreprise avec la ville d’Ottawa concernant le O-Train. Il a même annoncé que l’examen en question avait pour but de s’enquérir des possibilités de dépassements de coût, même si le gouvernement fédéral n’est pas partie à ce contrat.
Ce geste a semé le doute sur ce projet de 880 millions de dollars, après deux ans et demi de diligence raisonnable et un processus d’appel d’offres municipal qui s’est déroulé sous la surveillance d’une tierce partie.
Étrangement, M. Baird a justifié sa démarche en invoquant son souci d’« optimisation des ressources », même si le gouvernement libéral a limité la contribution fédérale aux 200 millions de dollars déjà promis et si la ville a exigé que le coût de la totalité du contrat ne dépasse pas un prix fixe. La compagnie s’expose donc à devoir assumer elle-même les dépassements de coût du projet.
Vendredi, à la Chambre des communes, j’ai eu l’occasion de questionner M. Baird à ce sujet. Il a alors refusé d’expliquer pourquoi il consacrait temps et énergie à un contrat en vertu duquel le gouvernement fédéral ne court aucun risque. Il n’a pas parlé non plus des responsabilités légales et financières additionnelles que le gouvernement pourra devoir assumer en raison de ses actions détournées.
Le « défenseur de la reddition de comptes » risque les millions des contribuables
Des projets similaires, financés en partie par le gouvernement fédéral, sont en train de se concrétiser à Edmonton (LRT – 108 millions de dollars), Vancouver (RAV - 450 millions de dollars) et Toronto (TTC - 350 millions de dollars), mais le O-Train est le seul que le gouvernement conservateur regarde autant à la loupe.
Si le gouvernement fédéral a encore des réserves légitimes à ce moment-ci du processus, il me semble que le ministère responsable – dans ce cas, Infrastructure Canada – devrait intervenir auprès des parties concernées. Pourtant, le ministre d’Infrastructure Canada, Lawrence Cannon, n’a montré aucun signe d’inquiétude et a donné le feu vert au projet. En fait, huit ministères, si on fait abstraction du Conseil du Trésor, ont déjà approuvé l’octroi de 200 millions de dollars au projet du O-Train en vertu d’un accord de contribution blindé.
En plein cœur d’une campagne électorale municipale dans laquelle le O-Train est un des enjeux principaux, l’intervention de M. Baird dans ce dossier tombe, au mieux, à un très mauvais moment. Même s’il affirme avoir agi par souci d’assurer une meilleure « reddition de comptes », son ingérence pourrait coûter jusqu’à 60 ou 80 millions de dollars aux contribuables si le délai d’approbation du 15 octobre 2006 n’est pas respecté et que les travaux sont reportés après l’hiver.
Comme beaucoup de mes voisins d’Ottawa-Sud, j’attends avec impatience de pouvoir prendre le nouveau O-Train et le plus tôt sera le mieux.

